Il y a de ces livres qui vous marquent.
Des livres qui laissent en vous une empreinte qui perdure bien après avoir refermé l’ouvrage. Nagori de Ryoko Sekiguchi est de ceux là.

Oubliez tout ce qu’on vous a raconté sur la saisonnalité, ce livre résonne comme une évidence, et si vous cherchez des vérités, vous en trouverez en lui.

Le goût fait partie intégrante de mon métier, c’est même chez moi une obsession. Avant la lecture de ce livre, il y a des choses que je ressentais, mais sur lesquelles j’étais incapable de mettre des mots, aujourd’hui je peux le faire, l’écrire.
A mon palais, il n’y a pas de goût plus réconfortant que celui d’un légume poussé à sa maturité extrême et complète, annonçant ainsi sa propre fin, mais aussi sa future résurrection.
Il n’y a pas de goût plus émouvant que celui que l’on perd pour mieux le retrouver, à la saison prochaine.
Il n’y a pas de goût plus doux aux papilles que celui qu’on identifie sans le reconnaître, semblable et pourtant tellement différent à la fois.

Tout l’été, je vous ai parlé de mes tomates japonaises, merveilles perlées à la saveur ronde et équilibrée qui vous enrobe encore le palais bien après les avoir dégustées. Il y avait aussi leurs petites sœurs qui, en pleine saison, tels des petits pois acidulés, faisaient l’effet d’un feu d’artifices en bouche, quand leur peau ferme éclatait au palais laissant leur jus s’échapper.

Aujourd’hui, leur feuillage est terne et fané, leur peau délicate a perdu la fermeté de la jeunesse, leur jus a partiellement fermenté.


Pourtant, c’est avec joie et nostalgie tout à la fois que j’en fais actuellement les dernières vendanges.

Je ne me lasse pas d’y goûter, voyageant de surprise en surprise, de saveurs en senteurs, me rapprochant chaque jour un peu plus de leur fin, mais aussi du goût « parfait ».


Ce moment précis où le goût n’est plus semblable à aucun autre, unique, précieux.
Ce goût qui a l’humilité de sa simplicité, mais qui pourtant détient, dans l’expression de ses saveurs, toute sa complexité.