Maraichère Pas Banquière

D’habitude, je ne me plains pas, enfin j’évite, mais ce matin, il y a comme la nécessité urgente d’un coup de gueule.

Dans mon métier, j’accepte sans broncher les pertes qu’entraînent les aléas climatiques. Je sais qu’ils font partie de mon métier et face à la nature, je reste humble.
Quand je perds certains produits, j’ai toujours une part de responsabilité, je ne cherche pas à me trouver des excuses.

En revanche, il y a une chose que je n’accepte pas, que je n’accepte plus, ce sont les pertes entraînées par de trop nombreux retards de paiement.
A ce jour, j’ai des factures de janvier, février, mars qui restent impayées.
Alors bien sûr, toutes les excuses sont bonnes, le silence et les non réponses à mes sms, mails, téléphone le sont aussi, alors que bizarrement ces mêmes personnes étaient bien plus promptes à me solliciter.

Je n’ai jamais sollicité un chef pour travailler avec lui, jamais sollicité un restaurant pour lui vendre mes produits, tous les chefs avec lesquels je travaille sont venus de leur propre initiative en acceptant mes règles du jeu : une facturation par mois.
Quand j’expédie mes produits, ils sont irréprochables, ramassés le jour de l’expédition sans un oubli. Quand certains produits sont « déclassés », c’est à la demande des chefs pour des sauces par exemple, et quand ils ont un problème particulier que je ne pouvais pas voir de l’extérieur, je les retire de la facture.
Bref, je fais mon travail du mieux que je le peux.

Tous les jours je me lève à 4h30, termine à 19h, cela 365jours/an, sans jamais prendre de vacances et pourtant tout ce travail semble vain, actuellement anéanti en raison de ces nombreux impayés qui, non seulement mettent en péril mon activité, mais qui en plus me font perdre du temps et de l’énergie qui me seraient bien plus utiles dans mes champs.

Aujourd’hui, c’est fini, les règles du jeu vont changer, j’ai été trop naïve et j’aime trop mon métier pour le laisser.
Puisqu’il faut croire que même la confiance se monnaie, ceux qui ne respecteront pas ma personne et mon métier en ne payant pas leurs factures en temps et en heure, céderont leur place, car d’autres, j’en suis sûre, seront ravis d’avoir mes légumes.
La liste d’attente est suffisamment longue.